Et si les mosasaures, ces redoutables reptiles marins du Crétacé, n’avaient pas tous vécu dans les océans ? Une équipe de chercheuses françaises vient de décrire un mosasaure d’eau douce inédit, baptisé Garamaudo bauciensis, dont les ossements dormaient depuis près de trente ans dans les collections du Muséum national d’Histoire naturelle. La découverte, faite près d’Aix-en-Provence, oblige à revoir une partie de ce que l’on croyait savoir sur ces grands prédateurs préhistoriques.
Un fossile vieux de 85 millions d’années, retrouvé… en 1997
Sommaire de l'article
Les restes de cette nouvelle espèce ont en réalité été exhumés en 1997, sur le site de Bouc-Bel-Air – Sousquières, dans les Bouches-du-Rhône. Il aura fallu près de trois décennies et le travail minutieux de deux paléontologues du CNRS, Nathalie Bardet (Muséum national d’Histoire naturelle) et Alexandra Houssaye (Mecadev), pour identifier ce qui se cachait réellement dans ces fragments de mâchoire, vertèbres, côtes, bassin et humérus. Les analyses datent l’animal du Santonien, une période du Crétacé supérieur qui s’étend il y a environ 84 à 85 millions d’années.
Long d’environ 2,5 mètres, ce prédateur préhistorique appartient à la sous-famille des Tethysaurinae, un groupe de mosasaures jusqu’ici considéré comme exclusivement marin, au même titre que les découvertes qui bousculent régulièrement les sciences naturelles.
Pourquoi cette découverte bouscule la vision des mosasaures
Ce qui rend Garamaudo bauciensis si particulier, c’est son habitat : contrairement à ses cousins marins à nageoires palmées, il possédait des pattes terminées par des doigts, plus adaptées à un environnement lacustre qu’à la haute mer. Son bassin, solidement rattaché à la colonne vertébrale, et ses côtes longues et plates suggèrent un corps aplati latéralement, probablement propulsé par une nage ondulante proche de celle d’une anguille.
Cette anatomie confirme qu’au sein des Tethysaurinae, plusieurs lignées ont indépendamment colonisé les eaux douces, un phénomène de répartition des niches écologiques que l’on documentait déjà chez d’autres groupes, comme le montre par exemple la description récente d’un félin sauvage inédit en Bolivie. Les mosasaures n’étaient donc pas uniquement les géants marins que l’on imagine : certains se sont adaptés à des lacs, bien loin des mers du Crétacé qui recouvraient alors une large partie de la Provence actuelle.
Une France riche en surprises paléontologiques
Cette découverte s’ajoute à une série de travaux français récents qui redessinent notre compréhension du passé lointain de la planète. Les équipes du CNRS multiplient les réexamens de collections anciennes à la lumière de nouvelles techniques d’imagerie, un travail qui a par exemple permis d’identifier des ascendances humaines restées invisibles dans notre ADN ou de mieux comprendre des structures encore mal connues au cœur du manteau terrestre. Autant de rappels que les grandes avancées scientifiques ne viennent pas toujours d’un terrain inexploré, mais souvent d’un regard neuf porté sur des fossiles ou des données déjà collectées.
Pour les passionnés de sciences naturelles, retrouver l’actualité de ces recherches reste possible via la rubrique Science du site, ou via la catégorie Planète pour les enjeux liés à la biodiversité et aux écosystèmes.
Ce que cela change concrètement
- La diversité écologique des mosasaures est plus large qu’on ne le pensait : certains lignages vivaient en eau douce, loin des océans.
- Les collections muséales anciennes recèlent encore des espèces non décrites, parfois pendant plusieurs décennies.
- Garamaudo bauciensis apporte un nouvel argument en faveur d’une colonisation répétée des milieux lacustres par plusieurs groupes de reptiles marins du Crétacé.
- La paléontologie française, portée notamment par le Muséum national d’Histoire naturelle et le CNRS, continue de produire des avancées reconnues à l’international.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’un mosasaure ?
Les mosasaures sont de grands reptiles marins ayant vécu durant le Crétacé, entre environ 100 et 66 millions d’années. Proches cousins des serpents et varans actuels, ils comptent parmi les plus grands prédateurs des mers de cette époque.
Pourquoi Garamaudo bauciensis est-il considéré comme unique ?
Parce qu’il s’agit d’un mosasaure adapté à l’eau douce, avec des membres terminés par des doigts plutôt que des nageoires, alors que la grande majorité des espèces connues de ce groupe vivaient exclusivement en mer.
Où ce fossile a-t-il été trouvé ?
Les ossements ont été découverts en 1997 sur le site de Bouc-Bel-Air – Sousquières, dans les Bouches-du-Rhône, près d’Aix-en-Provence, avant d’être formellement décrits par des chercheuses du CNRS.
Sources
ICI Provence-Alpes-Côte d’Azur —
Sciencepost —
Sci.News
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