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Forêts françaises : elles s’étendent mais leur santé se dégrade, alerte l’IGN

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Vue aérienne d'une forêt française mêlant arbres sains et arbres dépérissants sous l'effet du changement climatique

La forêt française continue de gagner du terrain, mais elle ne s’est jamais portée aussi mal. C’est le constat dressé par la nouvelle édition des Indicateurs de gestion durable des forêts, publiée début juillet 2026 par l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN), qui documente pour la première fois l’ampleur des effets du dérèglement climatique et des crises sanitaires sur les massifs boisés du pays.

Une forêt plus grande, mais plus fragile

Sur le papier, la tendance semble positive : la surface forestière française poursuit son expansion, portée par la déprise agricole et les politiques de boisement engagées depuis plusieurs décennies. Mais derrière ce chiffre encourageant se cache une réalité plus inquiétante. Les nouveaux relevés de l’inventaire forestier national montrent que la mortalité des arbres a bondi de 125 % en dix ans, tandis que les attaques pathogènes ont progressé de 175 % depuis 2015.

Autre signal alarmant : le taux de feuillus présentant un déficit foliaire sévère atteignait 15,3 % en 2025, contre seulement 2,2 % en 1997. Un indicateur qui traduit directement l’affaiblissement physiologique des arbres, rendus plus vulnérables aux sécheresses, aux incendies et aux insectes ravageurs.

Un puits de carbone qui s’essouffle

La conséquence la plus préoccupante concerne le rôle de la forêt dans la lutte contre le réchauffement climatique. En tant que puits de carbone, les forêts françaises absorbent normalement une partie du CO2 émis par les activités humaines. Or, sur la période 2013-2021, ce puits s’est établi à environ 40 millions de tonnes de CO2 par an en moyenne, un volume qui a diminué d’un tiers en une décennie.

Dans plusieurs régions, la situation s’est même inversée : la mortalité des arbres et les prélèvements de bois dépassent désormais la production biologique de la forêt, ce qui fragilise directement sa capacité à stocker durablement du carbone. Un enjeu de taille pour la stratégie climatique française, qui compte largement sur les puits naturels pour atteindre ses objectifs de neutralité carbone.

Sécheresses, incendies et maladies en cause

L’IGN pointe une combinaison de facteurs pour expliquer cette dégradation : multiplication des épisodes de sécheresse, hausse des températures moyennes, recrudescence des incendies de forêt et progression des maladies et insectes ravageurs, favorisés par des hivers plus doux. Ces perturbations, de plus en plus fréquentes et intenses, ne laissent plus le temps aux écosystèmes forestiers de se régénérer entre deux crises.

  • Mortalité des arbres : +125 % en dix ans
  • Attaques pathogènes : +175 % depuis 2015
  • Déficit foliaire sévère des feuillus : 15,3 % en 2025 (contre 2,2 % en 1997)
  • Puits de carbone forestier : environ 40 Mt de CO2/an, en baisse d’un tiers en dix ans

Ces données confirment des observations déjà partagées par plusieurs organismes scientifiques ces dernières années : la forêt française, longtemps considérée comme une ressource stable, entre dans une phase de transition rapide qui appelle une adaptation profonde des pratiques de gestion forestière. Pour mieux comprendre les enjeux liés au changement climatique, consultez aussi nos conseils pratiques et notre rubrique science.

Vers une gestion forestière repensée

Face à ce constat, les experts forestiers appellent à diversifier les essences plantées, à privilégier des variétés plus résistantes à la sécheresse et à renforcer la surveillance sanitaire des massifs. L’objectif : préserver la capacité de la forêt à remplir ses multiples fonctions, qu’il s’agisse de production de bois, de préservation de la biodiversité ou de régulation du climat.

Questions fréquentes

Pourquoi la forêt française grandit-elle malgré sa dégradation ?

La surface forestière augmente principalement grâce à la déprise agricole et à la colonisation naturelle de terres abandonnées, un phénomène indépendant de l’état sanitaire des arbres déjà en place, qui lui se dégrade sous l’effet du climat.

Qu’est-ce qu’un puits de carbone forestier ?

C’est la capacité d’une forêt à absorber plus de CO2 qu’elle n’en émet, grâce à la croissance des arbres. Quand la mortalité et les prélèvements dépassent cette croissance, le puits se réduit, voire s’inverse localement.

Quelles régions sont les plus touchées ?

Les zones les plus exposées aux sécheresses récurrentes et aux vagues de chaleur, notamment dans le sud et l’est du pays, affichent les signes de dégradation les plus marqués, avec des prélèvements de bois qui dépassent désormais la production biologique.

Sources

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Jeanne Talleau
Jeanne Talleau
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